Super Meat Boy : L’abattoir de nos phalanges
En 2010, deux barbus faisaient la nique aux mastodontes de l'industrie avec un pavé de steak haché et des scies rouillées. Retour sur le chef-d’œuvre absolu du masochisme millimétré.
Né des entrailles de Newgrounds avant de terroriser le Xbox Live Arcade, Super Meat Boy a redéfini le platformer à coups de cutter. Pas de cinématiques larmoyantes, aucun tutoriel pour neuneus : juste un parallélépipède de viande crue, une physique au sub-pixel et deux créateurs (Edmund McMillen et Tommy Refenes) bien décidés à rentabiliser le prix de votre manette en la poussant à l'usure prématurée.

Le trait de génie absolu ne résidait pas dans la difficulté punitive, mais dans la disparition totale de la friction. Mourir prenait un quart de seconde, réapparaître était instantané, annihilant la frustration avant qu'elle n'atteigne le cerveau. Et que dire de cette apothéose en fin de niveau : le replay simultané de vos quatre-vingts échecs précédents, chorégraphie morbide où une armée de steaks fantômes s'éviscère en cadence.
À une époque où la production indépendante adore nous servir des métaphores sur le deuil au son d'un ukulélé dépressif, l'héritage de Team Meat pique les yeux. C'était l'artisanat du sang, de la sueur et de la tendinite du pouce, quand le jeu vidéo se contentait encore d'être un bras de fer mécanique parfaitement huilé.
Source : Indie Game: The Movie / Team Meat archives